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"L'homme par son égoïsme trop peu clairvoyant pour ses propres intérêts, par son penchant à jouir de tout ce qui est à sa disposition, en un mot, par son insouciance pour l'avenir et pour ses semblables,
semble travailler à l'anéantissement de ses moyens de conservation et à la destruction même de sa propre espèce" Lamarck.
Lamarck, écologiste avant l'heure est né à Bazentin-le-Petit , dans la Somme , le 1er août 1744. Il fut l'inventeur du mot "Biologie" et surtout très grand scientifique dont le nom est attaché définitivement au
Muséum d'Histoire Naturelle et aux réflexions sur l'histoire évolutive de l'homme.
Jean-Baptiste Lamarck est sans doute l'un des plus grand naturaliste français et penseur de l'histoire naturelle. Son ouvre, colossale, marque une étape cruciale dans l'avancement des sciences
Destiné à l'état ecclésiastique, il embrassa à la mort de son père la carrière militaire, qu'il abandonna à la suite d'un accident et se consacra, dès lors, entièrement à l'Histoire Naturelle.
Ayant dû abandonner sa charge d'officier au régiment de Beaujolais, en 1768, Lamarck était venu étudier la médecine à Paris ; mais sa pension de 400 livres ne suffisait pas à ses besoins, et il avait dû entrer
chez un banquier comme commis. Toutefois, sa situation s'améliora un peu, et il put se consacrer à la fois à ses études médicales et à la botanique, science pour laquelle il s'était pris d'un goût fort vif
pendant son séjour dans les garnisons de Provence. Il suivait le cours de botanique du Jardin des Plantes, professé par Lemonnier, et les herborisations que dirigeait Bernard de Jussieu : c'est là qu'il apprit
à connaître les plantes des environs de Paris.
Devenu un maître de cette science, il n'hésita pas à soute¬nir un jour qu'une personne non botaniste pouvait, au moyen de l'analyse, nommer une plante donnée ; il fut mis au défi de constituer une méthode qui
permît de le faire. Pour confondre ses contradicteurs, il écrivit en six mois sa «Flore française, ou description succincte de toutes les plantes qui croissent naturellement en France.
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LAMARCK, ZOOLOGISTE ET PHILOSOPHE , par René JEANNEL, Professeur au Muséum
" II y a 150 ans, l'époque de la Révolution Française a donné le jour à une pléiade d'hommes de génie qui ont illustré la France et l'ont placée au premier rang des nations civilisées. Mais il en est un qui
domine assurément tous les autres par la portée de ses découvertes, c'est LAMARCK. Car l'idée de l'évolution qu'il a été le premier à mettre en évidence en ce qui concerne les êtres vivants, s'est étendue à
tous les domaines et est devenue le fondement de toutes les connaissances humaines.
LAMARCK a exposé la doctrine du transformisme cinquante années avant DARWIN. Mais il n'eut pas le bonheur, comme ce dernier, de voir ses idées acceptées par ses contemporains. DARWIN, dès la publication de
l'Origine des espèces, en 1859, connut l'enthousiasme d'un monde savant préparé à recevoir la doctrine nouvelle. Il fut comblé d'honneurs, considéré, à juste titre d'ailleurs, comme un des plus grands génies
de l'humanité. LAMARCK au contraire vécut pauvre, méprisé par son entourage, consacrant ses maigres ressources à l'impression de ses ouvrages sans pouvoir en faire reconnaître le mérite.
Et sa vieillesse misérable, dans le dénuement complet, se termina par dix années de nuit totale, avec le seul soutien moral de ses deux filles et de quelques rares amis.
Et pourtant, l'ouvre de LAMARCK, aussi solide que celle de DARWIN, aurait dû provoquer le même enthousiasme. Mais elle est venue trop tôt, dans un monde qui n'était pas encore pré¬paré à la recevoir.
Elle était en contradiction trop flagrante avec celle de CUVIER, dont la gloire et l'immense autorité n'eurent guère de peine à l'éteindre et la faire rejeter dans l'oubli.
LAMARCK, d'ailleurs, philosophe modeste et méditatif, n'avait aucune des qualités d'un polémiste. Pénétré des vérités exposées dans ses ouvres, il s'en remettait à la postérité pour les apprécier, sans souci
des difficultés de l'heure.
Lamarck abonde en vues géniales et prophétiques.Ce mélange est le résultat forcé de sa méthode de travail, qui consiste surtout à tirer de ses méditations des principes géné¬raux dont la force s'impose.
Car Lamarck est un intuitif. Il ignore l'expérimentation et la mathématique.Alors que, cinquante ans plus tard, Darwin accumulera des faits minutieusement analysés pour en déduire sa théorie de l'évolution,
Lamarck ne connaît pas l'analyse. Il présente d'emblée des lois générales, comme des axiomes.
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En 1778 il publia la Flore Française et c'est après cette publication qu'il fut nommé mem¬bre de l'Institut. Son ouvrage eût de nombreuses éditions, et de Candolle collabora aux dernières.
En collabo¬ration avec Poiret il publia l'Encyclopédie botanique et l'Illustration des Genres, publication mû dura de 1783 à 1817.
Nommé professeur au Muséum, il abandonna la botanique pour se lancer dans la zoologie. C'est alors (1809) qu'il donna sa Philosophie zoologique où il parle de la génération spontanée.
Il publia encore une "Histoire des animaux sans vertèbres ", mais son ouvrage marquant restera la Philosophie zoologique, ouvrage où il jeta les bases du transformisme.
I1 devança ainsi de loin son époque, car déjà au début du dix-neuvième siècle , il exposa dans cet ouvrage l'idée fondamentale de l'évolution naturelle du monde organique, et reconnut que le
moyen de cette transformation constante des espèces était l'influence réciproque de l'hérédité et de l'adaptation.
Mais cette idée fondamentale, du transformisme ou de la théorie de la
descendance demeura pour ainsi dire latente pen¬dant cinquante ans, et fut même presqu' oubliée, jusqu'à ce qu'enfin Charles Darwin, dans son livre immortel l' Origine des espèces (1859) vint
la ranimer et résoudre par elle la grande énigme de la création organique de l'origine naturelle des innombrables formes de la vie. Ce sont toutes ces raisons qui nous ont fait publier cet immortel
ouvrage qui devait révolutionner si complètement la science.
Étant donné que la causalité est le fond essentiel de toute explication rationnelle, l'évolution est la seule implication rationnelle que l'on puisse donner de la nature, ce qui peut seul être
l'objet de nos spéculations théoriques est donc la recherche de son mécanisme possible. Là encore, l'explication doit être essentiellement causale, ce sans quoi elle n'est point rationnelle
et ne mérite point le nom d'explication.
Le Lamarckisme répond à cette double exigence. En ce qui concerne l'adaptation, il s'appuie sur des faits incontestables ; en ce qui concerne l'hérédité conservatrice, il formule des
hypothèses qu'on peut discuter, mais auxquelles on ne peut au moins refuser d'être scientifiques, puisqu'elles sont causales et vraisemblables.
Pour répondre à la question d'hérédité conservatrice, le Mutationnisme se fonde sur la transmissibilité immédiate des résultats de certaines variations que l'on constate et qui, en raison de
leur transmissibilité même, ne peuvent pas ne pas impliquer une modification de l'état constitutionnel.
La vie privée de Lamarck fut un long calvaire ; il fut marié 3 fois pour avoir perdu ses 3 épouses qui lui donnèrent cinq enfants dont cinq survécurent. Sa vue s'était affaiblie
progressivement jusqu'à ce qu'il devint aveugle vers 1819, Dès 1818, le mauvais état de sa vue le rendit irrégulier aux Assemblées des Professeurs du Muséum. Il vint cependant présenter
à ses collègues le cinquième volume de son " Histoires naturelle des Animaux sans vertèbres (15 juillet 1818)" , puis le sixième (31 août 1819) et le septième (10 septembre 1822).
Sa dernière apparition au Conseil du Muséum eut lieu le 11 juillet 1828, c'est-à-dire un peu plus d'un an avant sa mort.
Il passa donc les dix dernières années de sa vie dans une obscurité complète, entouré par l'affection de deux de ses filles, dont l'une, Cornélie, ne le quittait ni jour ni nuit. C'est elle qui écrivit sous sa dictée
le septième volume de son « Histoire naturelle des animaux sans vertèbres ».
La mort vint le délivrer le 18 décembre 1829, il avait 85 ans. Il mourut dans un tel dénuement qu'il fut enterré sans pompe. Son service funèbre fut célébré en l'église de Saint-Médard,
le 20 décembre. Seule, la famille, quelques intimes et ses collègues du Muséum y assistaient; les discours de LATREILLE et de GEOFFROY SAINT-HILAIRE rehaussèrent cependant la cérémonie.
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