CHASSE et PECHE Novembre 1899.
L'EXPOSITION DE LILLE.
Très belle exposition de 1814 lots. La plus forte impression était produite
par les races locales de pigeons et de poules, les belges et les françaises.
La salle du Palais Rameau est belle, vaste et admirablement éclairée.
Tout était prêt, et le samedi 18 novembre, à 9 heures du matin, les différents
juges pouvaient se mettre à la besogne. Le comité de la Société des Aviculteurs
du Nord est réputé pour son exactitude et son zèle ; aussi a-t-il atteint de
beaux résultats.
Il est sous la présidence de M. A. de la Serre, la vice-présidence de MPI. R.
Fontaine et J. Lamy. Le remuant secrétaire, M. C. Carlier, est toujours sur la
brèche, assisté par son adjoint, M. R. De la Serre. Les conseillers sont MM. E
Bernard, H. Cliquennois, A. Danchin, L. Dubar, Leblanc, E. Scrive. Louis Walle.
Les classes les plus remarquables, pour nous qui nous occupons de
préférence des animaux d'utilité, étaient les pigeons Manottes d'Artois, les
Manottes tigrés de St-Pol ; nous espérons, l'année prochaine voir la collection
complétée par les Manottes de Picardie qui sont rouges. Les carneaux étaient
nombreux, grands et beaux ;les mondains de Caux admirables ; les dindons de
Sologne étonnants ; les poulets de Bourbourg se forment; les Faverolles
étaient nombreuses, colossales, et commencent à devenir très homogènes.
Deux ou trois amateurs du Nord ont trouvé le plaisir enfantin de faire passer
les poules de Braekel pour des poules de Hergnies, les canards de Merchtem
pour des canards de Bourbourg. M. Drouillon inscrit ses oies de Wiers blanches
sous le nom d'Hergnies. Nous ne disons pas qu'il n'existe pas une bonne
petite oie blanche appelée oie de Hergnies, en Belgique comme en France,
mais nous pensons que l'oie de Wiers est un produit du croisement de la
petite oie d'Hergnies avec l'oie flamande. Nous ignorons si, par oie
flamande, la blanche plus ou moins marquée de gris, il faut entendre l'oie
de la vallée de la Dendre, ou bien si la même race est commune tout le
bassin de l'Escaut qui s'étend jusqu ' en Flandre française.
Le pigeon carneau existe des deux cotés de la frontière franco - belge,
il appartient à Lille comme à Tournai.
Nous devons faire cesser ce jeu plus ou moins loyal qui consiste à s'enlever
mutuellement des marques de fabrique.
Nous pourrions nous entendre entre voisins, nous consulter et nous mettre
d'accord, après discussion, sur les noms à donner aux races et variétés
locales auxquelles nous ouvrons de nouvelles classes. La politique n'a rien
en commun avec le partage des races d'animaux utiles.
Anciennement, le centre de cet élevage se trouvait dans les Flandres et le
Brabant, aussi bien hollandais que belge : ce centre s'étendait jusque dans
la Frise orientale, les provinces rhénanes, les Ardennes, le nord de la France,
et s'épanchait en Angleterre. Des événements politiques ont morcelé le pays
des éleveurs ; les Belges se sont séparés de leurs frères et amis de Hollande
; les provinces rhénanes sont passées à l'Allemagne, une partie du Luxembourg
à la Hollande, une partie des Ardennes à la France, toute la partie sud des
Flandres et de l'Artois, peut - être de la Picardie, à la France.
Pourquoi nous séparer au point de vue de la science ? Nous avons dit tantôt
que la politique n'a rien de commun avec l'élevage ; cependant, entre pays qui
se comprennent si bien , il serait bon de rester unis en ce qui regarde nos
intérêts.
Nous formons un noyau qui peut servir de tampon à tous les pays du monde ; il
ne tient qu'à nous d'être les maîtres, si nous restons unis. Des difficultés
de langues semblent nous tenir séparés, mais si nos amis, devenus français,
éprouvent quelque difficulté à apprendre les langues étrangères, nous n'en
éprouvons aucune à adopter le français comme langue véhiculaire.
En Russie, en Angleterre, en Hollande, en Allemagne, et dans tous les pays où
il y a des gens instruits, ceux-ci comprennent le français, langue diplomatique.
Il est possible qu'une époque viendra où nous aurons intérêt à nous entendre.
En attendant, faisons la revue du catalogue. Les deux premières classes sont
pour les poulets de Bourbourg.
La race de Bourbourg est nouvelle pour le monde avicole ; elle a été faite
parallèlement à la coucou de Malines.
La coucou de Malines nouvelle a été faite en même temps que la poule lancée depuis
l'année dernière (1898), dans le département du Nord, sous le nom de poulet de
Bourbourg ; c'est le même poulet, l'un est coucou, l'autre est blanc herminé.
L'un est fait par le croisement du coq Brahma d'Anvers avec l'ancienne poule coucou
de Malines à pattes lisses, la même que les Lillois ont eu l'honneur d'avoir
ressuscitée sous le nom de coucou de Flandre ; l'autre est faite par le croisement
de ce même coq Brahma d'Anvers avec la Braekel. L'une et l'autre race auront une
valeur égale ; seulement; la coucou de Malines est faite ; elle commence déjà à
s'user, tandis que la poule de Bourbourg est en formation.
Les aviculteurs belges ont eu grand tort de ne pas nous avoir écouté lorsque, il y a
quelques années, nous avons proposé d'ajouter à la classification de nos races belges
la Malines herminée, que l'on trouve par milliers d'exemplaires dans nos campines,
et l'ancienne coucou de Malines à pattes lisses qui existe toujours dans la même
région, conservée Dure ou revenant par atavisme.
Aujourd'hui, il est trop tard ; les aviculteurs du Nord ont fait preuve de plus
d'initiative que nous; ils ont leur poulet de Bourbourg et leur poule coucou de
Flandre. Inclinons-nous et adressons-leur nos plus sincères félicitations.
Bourbourg est une localité comme Lierchtem, Londerzeel et Malines, où s'élèvent et
s'engraissent les poulets destinés à la consommation de Lille, à l'alimentation des
Halles de Paris, et surtout pour l'exportation en Angleterre.
Après la Bourbourg dont nous ne contestons plus la propriété à la France, vient la
Hergnies, cette poule de fumiste, qui n'a trouvé dans toute la France que trois
augures : Lamy pour les créer, Detroy pour les exposer et Robert Fontaine pour les
juger.
Nous défions ces trois messieurs de se regarder sans rire. M. Lamy était autrefois
un des plus grands défenseurs de la Braekel ;il a acheté ses premiers exemplaires à
Grammont, ses articles dans Chasse et Pêche en font foi.
Aujourd'hui, les promoteurs de la soi- disant poule d'Hergnies tirent de la poule
des environs de Grammont et du pays d'Alost tout ce qu'elle peut donner ; les sujets
trop petits sont devenus des Campines, les sujets ordinaires concourent avec les
Braekels, les plus beaux et les plus grands gagnent les prix des Hergnies ; ceux qui
n'ont pas les yeux noirs sont inscrits avec les Bresses grises et, si ces messieurs
étaient au courant de ce qui se produit en Allemagne et en Hollande, ils pourraient
faire passer leurs sujets pâles et perlés pour moevchen (mouettes) et les plus petits
à col blanc pour frisons.
Une race et ses variétés appartiennent à la localité dans laquelle elle a été faite,
c'est-à-dire dans laquelle elle a fait l'objet d'une industrie locale.
C'est ainsi que la "bredasche pel" dont les anglais ont fait la Hambourg crayonnée de
leurs expositions, de tout temps exploitée pour ses œufs dans les fermes des environs
de Bréda situées au milieu des prairies, n'est pas une poule anglaise, mais bien la
"pel" de Bréda ; que la Campine exploitée pour ses œufs, sur les sables de la province
d'Anvers et du Limbourg, est bien de la Campine ; que la Braekel, plus grande,
exploitée à Opbraekel, à Renaix, Grammont, Audenarde et autres lieux, pour ses gros
œufs, ses poulets au lait, aux grains, et ses poulettes à exporter dans le nord de
la France, est bien la poule du pays d'Alost ...
( à suivre ... )
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