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Le 4 avril 1609 s'éteignait à Leiden, à l'âge de 83 ans, l'un des « Pères de la Botanique », Charles de l'Escluse, seigneur de Watènes, connu dans la science sous le nom de Carolus Clusius ; originaire du Sud des Pays-Bas, le défunt était professeur à l'université de Leiden depuis 1593.

Charles de L'Écluse, Carolus Clausius en latin, est né à Arras le 19 février 1526 ; son père, Michel, seigneur de Watènes, est membre du Conseil provincial d'Artois. Grâce à son oncle maternel, grand-prieur de l'abbaye Saint-Vaast, Charles en fréquente l'école de 1540 à 1542. Son père le pousse à entreprendre des études de droit, d'abord à Gand puis à Louvain où il se rend en 1546. Il part à Marbourg en 1548 puis, attiré par le protestantisme, à Wittenberg en 1549, où il suit les cours de Philippe Melanchthon, humaniste et réformateur. Celui-ci l'incite à abandonner le droit pour la médecine et la botanique.
C'est ainsi qu'en 1551, il s'installe à Montpellier et devient durant au moins trois ans le secrétaire du naturaliste Guillaume Rondelet. À ses côtés, il se découvre une véritable passion pour l'étude des plantes.

Pendant son séjour à Montpellier, Clusius se rend très utile à Rondelet. Quand celui-ci découvre la facilité qu'il avait à écrire en un beau latin, gracieux et précis, il lui demande de faire la traduction de ses ouvrages dans cette langue. Clusius y consent, traduit et rédige entre autres le chef-d'oeuvre de son maître sur les poissons du français au latin. Ce faisant il apprend de Rondelet l'art de l'observation et de la description précises.Les susdits ouvrages paraissent après le départ de Clusius, fin janvier 1554 7. Par la suite, on dit à juste titre que c'est sa plume qui donna sa forme à la première édition de cet ouvrage. Finalement Clusius quitte Montpellier sans avoir acquis beaucoup de connaissances médicales.

Camarades d'études de Charles de l'Écluse
En 1550, Laurent Joubert (1529-1582) commence à sa médecine à Montpellier. Il devient l'un des médecins ordinaires de la reine Catherine de Médicis et puis de son fils Henri III, roi de France.
Félix Platter (1536-1614). En 1551, à l'âge de 15 ans, Félix Platter, fils d'un imprimeur, humaniste bâlois et épigone de Zwingli, commence ses études à Bâle. L'année suivante, son père l'envoie à Montpellier, afin d'y faire sa médecine chez Rondelet. Platter y arrive le 30 octobre. Il s'établit chez Laurent Catalan, maîtreapothicaire renommé (Hunger I, 32). Il y suit toutes les dissections et autopsies auxquelles il peut assister. En 1556, il rentre à Bâle, où il est promu docteur en médecine. Puis il y exerce comme médecin. Au cours du temps il exécute environ 300 dissections.
Pierre Belon (1517-1564) Entre 1550 et 1560, Pierre Belon, du Mans, fait sa médecine à Montpellier chez Rondelet. Il mène aussi des recherches botaniques et zoologiques en Méditerranée orientale. En 1551, il publie un ouvrage sur les poissons.
Iippolito Salviani (1514-1572)Presque en même temps, Ippolito Salviani, ichtyologue italien, publie ses Aquatilium animalium Historiae (Rome, I. Salviani, 1554-1558), ouvrage illustré d'excellentes gravures sur cuivre, faites entre autres par Nicolas Béatrizet.



En 1554, ses études achevées, il s'établit à Anvers. Il traduit en français le Cruijdeboeck de Rembert Dodoens (Histoire des plantes, Anvers, Jean Loë, 1557) et en latin un ouvrage médical italien, Antidotarium, sa première collaboration avec l'imprimeur anversois Christophe Plantin (1561). Ses voyages, à Paris (1561), dans le sud-ouest de la France, en Espagne et au Portugal (où il accompagne deux des fils du banquier Anton Fugger) en 1564-1565, mais aussi à Londres et Bristol (1571), lui permettent de rassembler de nombreux spécimens de plantes de la péninsule ibérique ou rapportés des Indes ou des Amériques : il publie chez Plantin des traductions latines des ouvres du Portugais Garcia da Orta (Aromatum et simplicium aliquot medicamentorum apud Indios nascentium historia, 1567) et de l'Espagnol Nicolas Monardes ( De simplicibus medicamentis ex occidentali India delatis quorum in medicina usus est, 1574) ainsi qu'une première synthèse, Rariorum aliquot stirpium per Hispanias observatorum historia (1576).

DE LA BOTANIQUE A LA DECOUVERTE DE LA POMME DE TERRE

Grâce à l'appui de son ami, le médecin Johann Craton von Kraftheim, Charles de L'Écluse est, de 1573 à 1577, médecin de cour et directeur du jardin impérial de Vienne pour l'empereur Maximilien II (décédé en octobre 1576), son successeur, Rodolphe II, lui retire alors ses charges.
Il entame alors une série de voyages en Autriche comme en Hongrie, où il est accueilli par Balthasar Batthyány au château de Güssing, et poursuit ses observations sur la végétation locale (Rariorum aliquot stirpium per Pannoniam, Austriam et vicinas quasdam privincias observatarum historia, Anvers, Plantin, 1583). Il correspond avec de nombreux savants et personnalités de son temps. Certains ambassadeurs lui offrent de même des plantes rares venues de contrées lointaines. Il peut ainsi réunir de nombreuses espèces remarquables et exotiques. En 1588, il reçoit du gouverneur de Mons un tubercule encore mal connu en Europe, ramené du Pérou par des missionnaires et dont le pape Pie IV se servait, dit-on, pour soigner ses rhumatismes. Ce tubercule, à la chair ferme et blanche, allongé et rouge, de la taille d'une noix, et à qui Charles de L'Écluse donne le nom de papas des Péruviens, n'est autre que la pomme de terre. Frappé par la vigueur et la faculté prolifique de cette nouvelle plante, Charles de L'Écluse, qui connaît l'usage culinaire qu'en font les Indiens du Pérou, décide de la cultiver dans son jardin particulier, à Vienne puis à Francfort.
Après avoir goûté avec délectation ces papas, il en distribue à ses amis en Allemagne, à Bruxelles et à Padoue.
Cette plante féconde devient très vite, à sa grande satisfaction, assez vulgaire dans la plupart des jardins de l'Allemagne.




CHARLES DE LESCLUSE - INVENTEUR DE LA TULIPE

Botaniste de renom du XVIème siècle, passionné par la tulipe, il va l'introduire et la démocratiser en Europe. Créateur du jardin botanique de Leyde (Pays-Bas), il est considéré comme l'un des fondateurs de l'horticulture, il va plonger les Européens et les Hollandais du XVIIème siècle en particulier dans une frénésie autour du bulbe de Tulipe . La tulipomania !

Jusqu'alors, les plantes étaient avant tout étudiées et cultivées pour leurs vertus alimentaires ou médicinales. Charles de L'Écluse s'intéresse également aux plantes et à la nature "pour elle même". Installé à Francfort-sur-le-Main à partir de 1588, il travaille pour le graveur et éditeur Théodore de Bry, et bénéficie d'une pension du landgrave de Hesse Guillaume IV (décédé en 1592). Il obtient finalement en 1593 la chaire de botanique à l'Université de Leyde et y crée, dès avant septembre 1594, l'un des plus importants jardins botaniques d'Europe. Dans son hortus botanicus, il collectionne des plantes inhabituelles et exotiques qui sont pour certaines encore inconnues en Europe. Il décrit pour la première fois des espèces comme le jasmin ou les anémones. C'est lui qui introduit dans le nord de l'Europe le marronnier d'Inde et la tulipe, venue de Perse. Rapidement, cette dernière suscite curiosité et engouement, jusqu'à provoquer en Hollande, dès les années 1630, une véritable "tulipomania" : les bulbes tant convoités se vendent à prix d'or et, en France, elle devient la fleur officielle de la cour de Louis XIV.

Charles de L'Écluse achève ses grands traités de botanique et de mycologie, synthèses de ses ouvrages précédents, tels le Rariorum plantarum historia, comprenant ses recherches sur les champignons de Hongrie (Anvers, Jean Moretus, 1601) ou l'Exoticorum libri decem (Anvers Raphelengius, 1605).

Affaibli par les maladies et les accidents survenus lors de ses nombreux voyages, il meurt à Leyde le 4 avril 1609. Une édition posthume de ses recherches inédites paraît à Anvers en 1611, Curae posteriores.
Une variété de tulipe porte le nom de tulipa clusiana en son souvenir.




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